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Aviator

 

Amis du Bastion, un de nos sagaces lecteurs m’a conseillé, le mois dernier, d’éviter les sujets tabous, susceptibles d’offrir de nouveaux prétextes aux persécutions politiques et judiciaires dont nous faisons habituellement l’objet. Si le conseil est sage, il sera de plus en plus difficile de le mettre en pratique. En effet, quoi que nous disions, nos adversaires trouverons, toujours, un biais juridique pour nous attaquer. Par exemple, si je prenais le parti de louer la beauté de Sharon Stone, on nous reprocherait, immédiatement, de ne pas vénérer celle de Woopie Goldberg.

Certains penseront : heureusement nous n’en sommes pas encore là en Belgique ! Cependant, ils se tromperaient, car cette chronique fait précisément l’objet d’une citation en justice pour quelques mots heureux que nous avons eus sur la divine Grace Kelly et pas sur d’autres... Nous voici donc devenus des criminels de la pensée par omission…

Face à cette logique d’oppression, j’ai, malgré tout, décidé d’être plus prudent et de ne pas retenir, ce mois-ci, l’Alexandre d’Oliver Stone. Le film étant outrancièrement homophile et partisan de la société multiculturelle, je me suis fait la remarque que la moindre critique à son sujet risquait de tomber sous le coup de la loi.

J’ose à peine faire observer aux gardiens de l’idéologie officielle, que s’ils font d’Alexandre le champion de leur cause, ils ne devraient pas oublier que celui-ci a été le fossoyeur de la démocratie athénienne, qu’il a construit son empire par le glaive et le sang. Et, qu’en fait de multiculturalité, il avait le projet d’helléniser les peuples barbares…

Délivré du souci de vous entretenir du très conforme Alexandre de Stone, je puis me consacrer à l’Aviator du plus indépendant Scorsese. Dans ce film, le cinéaste retrouve le thème qui l’inspirait dans les années 1970-1980: celui du héros torturé par son démon intérieur (Taxi Driver, Raging Bull).

Aviator relate une partie de la vie de Howard Hughes, l’excentrique multimillionnaire qui devint un géant du cinéma américain et de l’aéronautique. Aviator débute dans les années 1920, au moment où Howard Hughes se lance dans la difficile production de Hell’s angels, un film relatant les combats aériens de la première guerre mondiale. Il est, alors, le jeune héritier d’une grande fortune texane bâtie sur le pétrole. Au début de son aventure, le jeune entrepreneur est pris pour un mégalomane dilapidant sa fortune pour se faire un nom.

Contre l’avis de son entourage, Hughes engage tout ce qu’il possède afin de réunir une flotte d’avions de chasse et une équipe de pilotes dignes de ses ambitions. Il supervise chaque détail de la réalisation du film et ne ménage ni sa peine ni ses efforts. Il est en cela la figure opposée du social-démocrate conditionné à fuir le risque, le travail et l’innovation.

Les visions de Hughes le conduisent à être le créateur de techniques nouvelles. Ainsi, met-il au point de nouveaux procédés de tournage et un avion rapide pour filmer les combats aériens de son film. Cette expérience le conduit à se passionner pour le pilotage et la fabrication d’avions de plus en plus rapides. Les deux scènes les plus impressionnantes du film relatent, précisément, deux essais en vol effectués par Hughes au cours desquels il faillit perdre la vie.

A l’époque de ses premiers pas dans l’aéronautique, Hughes vit avec Katherine Hepburn (dont le rôle est interprété par la charmante Kate Blanchet°. Hughes et Hepburn vivent une passion hors du commun. Leur relation donne lieu à l’une des scènes les plus politiquement incorrectes du film : celle où Katherine Hepburn emmène Hugues rendre visite à ses parents pour leur annoncer leur intention de se marier. La famille Hepburn possède un immense domaine dans le Connecticut et vit dans une opulence manifeste. Lors du déjeuner la mère de Katherine Hepburn (une suffragette renommée en son temps) déclare : « Nous sommes tous des socialistes, ici » et ajoute, avec la tolérance qui caractérise cette famille de pensée que la moindre critique à l’égard de Roosevelt vaudrait à Hughes d’être immédiatement exclu de la famille. Ce qui prouve que l’on peut-être démocrate et foncièrement anti-démocratique…       

Lorsque Di Caprio/Hughes tente d’expliquer son métier et ses projets, ses hôtes se moquent ouvertement de lui. Ils lui répliquent qu’ils méprisent l’aéronautique et l’argent. Ces jolis messieurs ne s’intéressent qu’à la peinture abstraite. On appréciera le côté satirique de cette scène où les donneurs de leçons socialistes sont de piètres individus qui se prennent pour une minorité éclairée, bien au-dessus du peuple. En vérité, ils méprisent les vrais acteurs du progrès économique et social.

Cette mésaventure chez les Hepburn n’empêche pas Hughes de poursuivre son combat d’entrepreneur. Alors qu’il a commandé la production de quatre-vingt avions de ligne Constellation, Hughes se rend compte que son principal client, la compagnie TWA est au bord de la faillite. Il prend alors la décision de racheter la TWA, risquant, une nouvelle fois, toute sa fortune. Sa nouvelle ambition est, à ce moment,de construire le premier réseau de lignes régulières internationales. Ce faisant, il prend de court son principal concurrent, la Pan Am, dirigée par Juan Trippe (interprété par Alec Baldwinn). Trippe est un individu puissant et sans scrupule. Celui-ci décide de liquider la T.W.A. et Hughes par l’intermédiaire de ses appuis au Sénat. Pour cela, il fait écrire un projet de loi qui lui conférerait le monopole du transport aérien et organise un procès bidon contre Hughes pour détournement d’argent public.

Cette campagne de déstabilisation est un moment fort du film. Scorsese nous  y montre le dessus et le dessous des cartes du jeu politique. Le dessus c’est tout le discours qui justifie l’abolition de la liberté économique. On y entend des individus  toujours soucieux du bien public expliquer qu’il n’y a pas de place pour plusieurs lignes aériennes aux Etats-Unis. Que la concurrence serait nuisible aux intérêts des consommateurs, etc. Le dessous des cartes c’est la collusion, la corruption, les chantages et, aussi, les pressions exercées (par les mêmes donneurs de leçons) contre Hughes. Finalement, Hughes se sortira vainqueur de cette épreuve en démontant, devant le sénat américain, la machination organisée par Trippe.

L’observateur averti ne pourra s’empêcher de faire le parallèle entre ce passage du film et le jeu politique en Belgique. De la même manière, ceux qui y détiennent le pouvoir soutiennent qu’il n’y a pas de place pour la concurrence (politique), qu’il faut restreindre la liberté (d’opinion). Que tout cela c’est pour le bien public. Quant aux récalcitrants qui refusent de céder aux chantages (idéologiques), ils sont poursuivis dans des procès de circonstance.

Toutefois, l’analogie s’arrête là, car Hughes a, malgré tout, bénéficié d’une procédure contradictoire (devant une commission d’enquête du sénat américain) et des garanties offertes par un état de droit. Tandis qu’en Belgique les procès politiques sont instruits par des chambres ad-hoc et, semble-t-il, uniquement à charge. Quant à l’état de droit, la chronique judiciaire du FNB dira, prochainement, ce qu’il en demeure dans notre pays…

Pour conclure sur Aviator, je voudrais dire un mot sur la maladie mentale dont Hughes était atteint – une phobie obsessionnelle de la saleté. Le film aborde, quelquefois, la question d’une manière un peu crûe mais non moins intéressante. En Europe, le même sujet aurait constitué le cœur du film. La folie de Hughes y aurait été essentielle, dégoulinante et omniprésente. Chez Scorsese (qui se rattache au modèle héroïque américain) on comprend que la folie de Hughes est accidentelle. Elle ne retranche rien à son génie.

Ce qu’il y a de particulièrement émouvant dans le film, c’est que l’on y voit Hughes lutter de toutes ses forces contre la maladie. Il y a là une parabole saisissante sur l’opposition entre la rationalité humaine (symbolisée par les progrès techniques conçus par Hughes) et les pulsions animales inscrites dans les profondeurs de notre cerveau. Hughes surmontait ses pulsions destructrices par l’effort (c’était un bourreau de travail) qui lui imposait la discipline dont son esprit  tourmenté avait besoin.

Sans doute partageons-nous tous, peu ou prou, ce besoin de contrôle par l’effort. Ainsi, une culture qui encourage la paresse et la dictature des émotions conduit fatalement au chaos social. Telle est la leçon très incorrecte du film de Scorsese que les gens de la droite raison apprécieront. Quant aux gauchistes, de toute obédience, ils feraient mieux de s’abstenir, sous peine d’urticaire idéologique.

 Alexandre Lignières

 

 

(Bastion n°87 de février 2005)

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